Mode de scrutin et représentation effective

D’un certain sens, la question de la représentation et de la réforme électorale m’a beaucoup intéressé au cours du temps. J’ai donc décidé de faire un billet là-dessus posant les divers paradigmes face à cette  question.

En premier lieu, il est évident que malgré que beaucoup de gens pensent que la réforme électorale est une fin en soi pour assurer une représentation plus effective, je considère cela même pas comme un moyen mais plutôt comme un élément davantage cosmétique qu’autre chose. Je suis pour un état limité, donc je considère véritablement qu’avec n’importe quel système électoral, l’idée est de véritablement trouver un système qui assure le maximum de cohésion entre les droits et les libertés individuelles et l’élément d’avoir un gouvernement qui ne lésine pas sur nos vies. Bien sûr, bien que cela est facilement dit, il n’existe aucune solution parfaite à cette question et surtout que comme l’histoire récente nous démontre, tant en Ontario qu’en Colombie-Britannique, il existe une grande méfiance face au changement par rapport au mode de scrutin actuel tout comme le fait que l’opinion des divers partis politiques face à cette question change changement au cours des années.

Bref, dans un système comme celui au Canada, tout comme aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Inde, le système du scrutin uninominal à un tour est utilisé, ce qui signifie que dans une circonscription électorale donnée, le candidat avec le plus de votes va gagner l’élection ce qui va faire en réalité une panoplie de petites élections où que la somme des sièges va être en fait la composition de la législature ce qui amène de façon relativement habituelle des gouvernements forts avec une sur-représentation du parti gagnant et les partis plus forts à une échelle régionale.

Malgré que je considère aucun système électoral comme parfait, nombre de gens disent que ce système fait que certains votes sont alors simplement gaspillés et que cela amène aussi à un vote stratégique. En fait, je réfute cet argument pour deux raisons:

-Dans une logique prépondérante chaque circonscription représente une entité géographique  qui doit théoriquement associé à une réalité régionale dans le système électoral. C’est donc dire que par exemple, dans le cas de la Chambre des Communes, on vote pour un candidat local qui a le rôle de représentant local et législateur avec parfois une responsabilité parlementaire ou ministérielle, ce qui fait qu’il est possible de ne pas élire un certain parlementaire. En fait, dans un système proportionnel basé sur des listes de partis, il est possible carrément de nommer n’importe qui a l’appui d’un parti donné sur cette liste. Aussi, il est évident que les mécanismes pour choisir qui est sur cette liste sont parfois très discutables.

-La question du vote du vote stratégique n’est aucunement uniquement le cas du mode de scrutin uninominal à un tour. D’ailleurs, l’impression est que le vote stratégique est en fait davantage le cas dans plusieurs systèmes proportionnels en particulier avec l’impact des coalitions et l’impact d’un parti qui va ou pas franchir le seuil de représentation (nommé threshold en anglais).

Un autre billet va suivre sur une critique des systèmes proportionnels.

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5 réflexions sur “Mode de scrutin et représentation effective

  1. Salut,

    Ok on va vraiment pas s’entendre si tu es contre une réforme électorale lol. J’avoue ne pas vraiment comprendre tes arguments.

    Tout d’abord, la « méfiance » face aux réformes électorales, c’est simplement que les gens ne sont pas informés. (Au fait, dois-je le rappeler, mais la population en CB avait voté à 58% en faveur la première fois…). Il est tellement facile pour le camp du NON de répandre des mensonges (le National Post en Ontario écrivait à tous les jours un edito sur comment cela allait être l’enfer en cas de réforme, sans aucune base scientifique). Les sondages post-référendum en Ontario et CB le montrent clairement: les gens informés étaient largement en faveur de la réforme. Le NOn a gagné car 1. les gens ont peur du changement, pour une réforme electorale ou n’importe quoi d’autre. 2. Le référendum avait lieu en pleine élection, donc personne ne s’y intéressait. 3. Aucun gros parti ne soutenait la réforme (ils aiment bien mieux garder le système actuel qui leur donne une majo avec 35% des votes…). Une réforme ne passera jamais si tu laisses la campagne du OUI entre les mains d’étudiants… Je me souviens avoir vu un sondage en CB demandant aux gens pourquoi ils avaient voté non. La principale raison était: je ne voulais pas que mon vote soit divisé. ce qui est absurde comme raison, car la réforme proposée ne t’obligeait pas à diviser ton vote!! Tu pouvais continuer de voter pour un seul candidat. Si c’est pas l,exemple même de la désinformation de la part d’un électorat qui aime être cynique face aux politiques, mais ne peut pas prendre 15 minutes de son temps pour lire les détails d’une réforme…

    Le fait est que quand on organise des assemblées citoyennes (comme dans ces deux provinces) et qu’on informe des citoyens ordinaires des différents modes de scrutin, le choix est TOUJOURS de changer de notre système vers de la proportionnelle. Il doit bien y avoir une raison à cela. De plus, aucun pays n,a changé de proportionnelle à uninominal, alors que l’inverse est arrivé souvent (en fait, à part le Canada et le UK, c’est presque totalement disparu dans les pays riches; les USA sont un cas à part, avec encore et toujours uniquement deux partis, rendant leur systeme viable (le système uninominal marche bien tant que tu as deux partis, ce qui n’est clairement plus le cas au Canada).

    Tu as tort, le vote stratégique ne s’applique pas vraiment aux système proportionnels. Tu n’as jamais peur de gaspiller ton vote (à moins qu’il n’y ait un threshold fort élevé ou que tu soutiennes un tout petit parti). Il n’en reste pas moins que le vote stratégique est bcp moins utile dans un mode proportionnel. Certains système peuvent même l,abolir complètement, comme le Vote Unique Transférable en Irlande (le système proposé en CB). regarde les détails du système, tu verras qu’il n’y a plus aucune raison de voter stratégiquement.

    Ensuite l,argument bidon »(désolé mais c’est le cas) des listes. On est en 2010, attaquer une réforme proportionnelle sur ça et soit malhonnête, soit être mal informé. Personne ne propose de changer du système actuel à un système purement proportionnel de listes, sans seuil, avec le Canada étant une seule grosse circonscription. Le système envisagé un temps au Québec était parfait: pour être un élu « proportionnel », il fallait être l’un des « meilleurs perdants » dans sa région. Donc personne ne peut être assuré d’être élu. Remarque, de toutes manières l’argument du « on peut ne pas élire un parlementaire si on le veut », c’est pas super super. Si un parti veut faire élire un gars, c’est très facile de le placer dans un chateau-fort. J’ignore à quel point tu t’y connais en matière de systèmes électoraux. Je suivrai tes futurs posts sur le sujet. Mais sache qu’à chaque fois, je serai là! lol J’ai étudié assez la question pour pouvoir débattre des heures.

  2. Je ne suis pas spécialisé en sciences po, malgré que les systèmes électoraux et surtout la géographie électorale sont principalement un hobby pour moi. Mon domaine sont le développement international et des questions face aux relations internationales et des domaines d’ordre géo-politique.

    Cependant, mon argument vise davantage à concevoir que le système électoral est davantage quelque chose de cosmétique à mon avis et cela sans nécessairement changer rien dans le système en soi. Je ne suis pas contre le système proportionnel, mais je vois qu’il s’agit souvent à mon avis davantage d’une préoccupation de politologues que de la population générale qui est très réfractaire aux changements, du moins dans le système Canadien (et j’ai voté pour le système proportionnel en Ontario, malgré que beaucoup de gens étaient contre à cause de la supposée représentation moins grande des francophones).

    Dans deux textes, et qui sont autant d’actualité bien que datant de la fin des années 90, Christopher Kam, Aucoin et Smith disent en fait des arguments importants pour comprendre notre système. On tente un peu de vouloir essayer de représenter l’équité à tout prix sans vraiment considérer les facteurs aberrants.

    http://www.irpp.org/po/archive/po1197.htm

    Mais, je peux dire que le système Australien (qui est exactement comme le système français sauf qui coûte moins cher) serait un moindre mal, car il éliminerait le vote stratégique tout en éliminait le dilemme des listes. Je suis perplexe avec le STV, surtout avec un système à deux partis, car cela pourrait amener l’exemple de Malte, où que le gagnant qui a le plus de vote ne gagne pas nécessairement l’élection. Cependant, pour une juridiction aussi polarisée et avec une superficie limitée comme l’Irlande du Nord, ce système est bien adapté.

  3. Le contexte d’équité ne change rien au fait que la politique partisane reste en place comme mentionné selon Aucoin et Smith.

    The answer is simple. The equality concern will
    become a non-concern. It will be completely forgotten.
    The political actors involved in putting together a coalition
    cabinet will possess varying agendas. Members of
    the largest party will seek a pre-eminence befitting their
    numbers, a suitable measure of policy agreement with
    their new partners and the capacity to govern. Members
    of other minor parties will seek publicly prominent cabinet
    positions and possibly some policy commitments
    from the largest party. None will give a second’s thought
    to the extent to which a coalition government or cabinet
    overall does or does not match the voting profile of
    the electorate, a profile, after all, that the parties will
    want to alter in their favour in successive elections. The
    consequences of this point are worth pausing to consider.

     »Si un parti veut faire élire un gars, c’est très facile de le placer dans un chateau-fort. »

    Oui et non, Neil Hamilton en Grande-Bretagne est un exemple en 1997.

     »Tu as tort, le vote stratégique ne s’applique pas vraiment aux système proportionnels. Tu n’as jamais peur de gaspiller ton vote. »

    Christopher Kam a une réponse à ta question:

    Political scheming does not disappear under PR, it
    merely changes its form. This is as true for voters as it
    is for politicians. A favourite claim of PR’s proponents
    is that it renders strategic voting (i.e., voting for one’s
    second choice in order to escape an even less favourable
    outcome) obsolete. Now first, it is not at all clear to me
    why strategic voting is such a bad thing; does it not
    merely arm the voter with another weapon with which
    to discipline politicians? Second, however, the claim
    that strategic voting incentives all but disappear under
    PR is simply false. A well-known theorem in political
    science demonstrates that all decision-making systems
    save simple majority rule over two alternatives contain
    strategic incentives. Strategic voting in PR generally
    takes two forms depending on the system in use. First,
    and most commonly, voters may switch their votes
    from their first choice to a party that they think stands
    a better chance of being in a governing coalition. Second,
    there is the potential in some PR systems for voters
    to switch their votes to a party that they do not like
    with the perverse result that the party on the receiving
    end of these votes is actually made worse off! The fact
    is that no matter what electoral system is in place, voters
    have to struggle to make their votes effective.

  4.  »3. Aucun gros parti ne soutenait la réforme (ils aiment bien mieux garder le système actuel qui leur donne une majo avec 35% des votes…). »

    Tu as raison là-dessus, prenez l’exemple du PQ à ce sujet, qui a fait un rapport (dont j’ai justement devant moi) dans les années 80 pour le mettre aux oubliettes, surtout que le parti était peu intéressé à la réforme électorale après sa victoire de 1976.

  5. Nos politiciens n’aiment pas devoir collaborer, il n’aime pas devoir composer avec les choix et préférences d’un électorat fragmenté. Même si cela est purement et simplement le cas.

    Non non et non pour STV. C’est avec le système actuel qu’un parti peut gagner avec moins de voix. Le STV donne des résultats proportionnels. Au fait, si cela est un enjeux pour toi, tu devrais réellement détester le système actuel! Le PQ en 98 ou les Libéraux de BC en 2000 ont gagné une majo (!!) avec moins de voix. C’est très difficile de justifier un tel système selon moi. En Angleterre, le labour peut avoir 5 points de moins mais davantage de sièges… Remarqu’à deux partis seulement, pas besoin de STV. En fait le STV revient à peu près au même que le système actuel si tu n,as que deux partis.

    Je connais le système australien. Faire une telle réforme serait non seulement seulement cosmétique, mais il aurait des effets néfastes. Les petits partis ont encore davantage de peine à se faire élire. Je n’aime pas ça, un système politique ne devrait pas être là pour garantir que seulement deux gros partis auront des sièges.

    Pour le vote stratégique, je t’invite à regarder les détails du VUT proposé en CB. Ce système rend tout vote stratégique inutile. Tu peux voter pour ton candidat ET voter aussi pour le parti que tu préfères. cela est très flexible. Anyway, pour moi la proportionnelle n’est pas vraiment contre le vote stratégique, je ne considère pas cela comme un gros problème. Je suis davantage concerné par représenter adéquatement les préférences de tous les citoyens. On semble oublier cela mais un système électoral est un outil afin de connaître les préférences citoyens. Lorsqu’on oblige des régions entières (genre le Québec) à être représentée quasiment uniquement par un seul parti (le Bloc), cela n’est pas démocratique selon moi.

    Je persiste à dire qu’un grand pays comme le Canada devrait au contraire avoir de la proportionnelle. Regarde mon blogue, j,ai fait des simulations par province. Je ne dis pas de transformer tout le Canada en une seule grosse circonscription comme aux Pays-Bas ou en Israel, mais on pourrait imaginer de la prop. par province. En fait, le système actuel renforce les régions entre elles en créant, comme je l’ai déjà dit, artificiellement des clivages régionaux. Ma simulation le montre bien.

    Au final, je suis d’accord, les gens s’en foutent, Mais ils ne devraient pas. Contrairement à toi, je pense qu’un système électoral a de grosses conséquences sur la vie politique. Nos élus seraient moins arrogants et opportunistes avec de la proportionnelle. Car si le système actuel récompense fortement de gagner quelques votes et de passer de 30% à 33% (la différence étant énorme, pouvant te mener au gouvernement ou te donner une majo…), cela ne serait plus le cas avec de la proportionnelle (gagner 3 points te fait gagner… 10 élus, donc bof). De plus, je l’admets, après avoir vu la campagne ici en CB, je suis juste désabusé. Tu ne peux même pas espérer que les gens consacrent 10 min de leur temps à cela. Alors tant pis pour eux, ils continueront de se plaindre du cynisme et du système actuel…

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