Autopsie d’une élection

L’élection fédérale canadienne de 2011 est-elle vraiment un raz-de-marré ou même un changement majeur en termes de système politique? Oui en termes de chiffres, mais les principes viennent d’évènements qui ont une base historique bien lointaine. C’est extrêmement rare de voir une élection parlementaire où que deux chefs de partis majeurs se font battre dans leur propre circonscription.

D’abord, le gouvernement du Parti Conservateur est majoritaire et cela avec des gains très importants dans certaines régions du pays tout en étant le parti qui est le plus implanté dans toutes les régions du Canada. En fait, plusieurs circonscriptions qui étaient misées par la parti sont devenus bleues, et cela avec une percée magistrale dans les villes de Mississauga, Brampton et dans quasiment la totalité des villes périphériques en banlieue de Toronto auquel le Parti Libéral est carrément absent sauf pour la circonscription de Markham-Unionville. Ironiquement, des candidats conservateurs ont aussi battus des candidats Néo-Démocrates très influents en autres à Sault Sainte Marie et dans Winnipeg, alors que d’autres députés Néo-Démocrates ont résisté à la vague bleue en Ontario et en Colombie-Britannique. Le PC fait aussi son entrée à Vancouver, en ayant une victoire dans la circonscription de Vancouver-Sud et cela sans compter nombre de victoires dans des circonscriptions faisant partie de la ville de Toronto, particulièrement dans des circonscriptions où le vote pour le maire Rob Ford a été le plus marqué en octobre dernier lors de l’élection municipale. Évidemment, les néo-Canadiens votent de plus en plus pour le PCC, au point tel que le Parti Libéral devient presque un parti marginal chez les néo-Canadiens.

Pour l’Ontario, évidemment, la carte électorale ressemble beaucoup à la carte de la période correspondant au nadir des Progressistes-Conservateurs au niveau provincial. Évidemment qu’au mois d’octobre, l’élection provinciale en Ontario risque d’amener de gros changements.

La surprise de cette élection est aussi la victoire du parti dans des circonscriptions dites «nordiques» car le Yukon et le Labrador ont été des gains pour le PC.

Les Néo-Démocrates ont fait une percée sans lendemain au Québec. En fait, le parti a gagné plus de sièges que n’importe quel parti depuis le Parti Progressiste-Conservateur dirigé par Brian Mulroney lors de l’élection de 1988. Hors de tout doute, cela signifie la lamination totale du Bloc, qui se retrouve avec quatre députés, donc en étant une groupe «d’indépendants» à la chambre des communes et avec des députés qui ont uniquement gagné leur siège à cause d’un vote très divisé avec les autres partis. Pratiquement toutes les figures importantes du Bloc sont défaites sauf pour Louis Plamondon et Maria Mourani qui ont en quelque sorte gagné par défaut. Pour les autres partis cependant, la bonne nouvelle c’est que d’une certaine façon le NPD ne peut pratiquement pas aller plus haut en termes de sièges au Québec. Ce parti a atteint son maximum. 

Mais comment expliquer cette telle vague orange au Québec?  Or, cela est la cause principalement d’un courant anti-Bloc et anti-Duceppe extrêmement fort combiné à une certaine popularité de son chef. La plate-forme du parti ou les candidats du NPD ont eu un impact très marginal dans cette vague. C’est donc davantage un sentiment de vouloir faire une table rase par rapport au Bloc Québécois.

Hors-Québec, la situation est très mitigée. Dans les provinces où le NPD est relativement impopulaire au niveau provincial (comme au Manitoba ou en Nouvelle-Écosse), le parti a eu un score assez mitigé en vote populaire, avec même certains députés qui ont perdu leur siège. Reste Toronto où que le parti a fait des gains dans les mêmes circonscriptions qui sont néo-démocrates traditionnellement au niveau provincial et cela avec la déconfiture totale du Parti Libéral qui avait Toronto comme réelle base depuis plusieurs décennies.

Par ailleurs, au Québec, le parti risque d’avoir le «syndrome de l’ADQ», avec le fait qu’un fort nombre de députés n’ont aucune expérience tant politique que professionnelle. En d’autres termes, un certain nombre de députés du NPD élus au Québec l’ont été principalement à cause de la personnalité de leur chef et non à cause de leur travail de campagne ou du fait qu’ils sont des candidats vedettes sauf pour quelques exceptions.

Pour le Parti Libéral, cela est une élection qui démontre la marginalité de plus en plus grande de ce parti depuis quelques années.  Le parti n’a plus aucune base géographique et sa seule base actuelle vient des députés qui sont capables d’avoir suffisamment de vote personnel pour arriver premier.  Or, à Toronto et Montréal, le PLC est rendu un tiers-parti marginalisé.

Reste deux possibilités pour ce parti, soit faire un virage à 180 degrés sur le plate-forme et le fonctionnement du parti ou carrément saborder le parti. Je doute que le PLC veut se contenter de jouer les seconds violons dans une fusion avec le NPD.

Pour le Bloc Québécois, autant dire que le parti est en phase terminale. À moins d’un changement radical de cap, le parti risque probablement de finir comme le Crédit Social au début des années 80. Le parti n’a plus de chef charismatique, plus de base électorale et cela se retrouve maintenant avec un groupe de quatre députés éparpillés qui vont être assis au bout de la Chambre des communes sans aucune reconnaissance officielle.

Donc en somme, est-ce que cela signifie la fin du cycle politique entamé en 1993? Probablement que oui, sauf qu’il est très difficile de savoir ce que l’avenir nous réserve dans ce cas!

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